Pour ce premier billet

Pour ce premier billet, j’ai choisi de répondre à un éditorial paru dans le journal ELLE il y a quelques mois à la suite de l’arrêt rendu par la Cour d’Appel d’Angers le 19 janvier 2011.
La Cour d’Appel a en effet décidé de confier la garde d’une fillette d’un an et demi née sous X à ses grands-parents biologiques. La décision de la Cour d’Appel sera prochainement commentée dans ces colonnes.

Vous dites choisir le camp des enfants. Pourquoi opposer deux camps ? S’agirait-t-il d’une guerre ? Ce faisant, vous justifiez la violation pure et simple de la loi, au motif erroné que la loi protègerait la mère. C’est un raisonnement communément admis, mais simpliste et inexact.

La loi permet en effet à des femmes de décider que leur enfant sera adopté, autrement dit qu’il s’inscrive dans une autre filiation, dans une nouvelle lignée. Elle garantit un véritable futur pour l’enfant, initié par la femme qui lui a donné naissance. Cet abandon est certes une rupture, mais il doit être replacé dans une temporalité. Nier cette temporalité est péjoratif à au moins deux égards :
– Vis à vis de l’enfant, c’est le réduire à sa seule naissance, et ne voir en lui qu’un éternel abandonné.
– Vis à vis des parents adoptifs c’est également ne voir en eux que d’éternels parents d’enfant abandonné.

La filiation n’est pas la naissance et ce serait une vision totalement figée et parcellaire que de l’oublier. La filiation s’inscrit dans une durée, la durée de la vie de l’enfant et des générations qui vont lui succéder. Cette inscription le plus souvent biologique, mais pas toujours, est en réalité surtout sociale, affective, psychologique et juridique.

Or votre raisonnement prive cet enfant de tout futur, et je dirais même de tout présent. En effet l’annulation du jugement et la décision de justice de confier l’enfant aux grands parents aboutit à une situation absurde, et finalement contraire aux intérêts de l’enfant. Ne pouvant être adopté, il n’a de fait ni parent ni nom. Il devient en réalité un simple objet de lutte entre des parents (les grands parents qui de par l’abandon ne le sont plus) et leur fille. Force est de constater que cet enfant n’a pas vraiment de place dans cette histoire, et ce sans même évoquer l’impact psychologique probablement délétère d’une telle situation. Quant à savoir pourquoi les grands parents seraient plus à même de l’élever, vous n’en dites rien. Mais on le devine aisément. Le sang peut-être ? le fameux, le naturel « bio logique » qui rachèterait tout ? Tout mieux que l’abandon ?

Vous avez même peur d’écrire le mot. Rassurez-vous ce n’est pas contagieux. N’oublions pas que la vie est aussi faite d’épreuves qui sont là pour être franchies et dépassées. Là encore la prise en compte de la temporalité et du caractère dynamique de la vie est si importante.
Il y a des risques à vivre mais peut-être de plus grands risques encore à avoir peur de ne rien risquer.

Yaël Halberthal