Manifeste

1. Le projet de monter cette structure dynamique vient du besoin de vivre et de penser l’adoption autrement et au delà, de réfléchir aux notions de transmission et de lien.

2. En France, la filiation biologique prédomine sur tous les autres modes de filiations, et ce, tant sur le plan juridique que sur le plan des représentations sociales, ce qui n’a pas toujours été le cas.

Notre droit continue, en dépit des évolutions législatives, à privilégier la filiation par le sang. De leurs côtés un certain nombre de professionnels de la santé mentale tentent de nous persuader, que la non connaissance de ses origines est un handicap à la construction et à l’épanouissement de l’individu. Ce faisant ils enferment le devenir de l’enfant adopté dans une posture victimaire, et le vécu des parents adoptifs eux-mêmes, dans une injonction de réparation d’une filiation imparfaite à la base car de substitution. Enfin l’environnement médiatique mais également politique relaye abondamment, une telle vision en mettant en scène conjointement la souffrance de certains enfants adoptés en quête de leurs origines, les « échecs » de l’adoption et la culpabilité latente des parents adoptifs.
Il y aurait donc une impérative nécessité de connaître ses origines à défaut d’être un « sous-homme ».

3. Notre projet repose sur la volonté d’appréhender l’adoption autrement, et non comme une fatalité, afin de repenser plus largement filiation et parentalité.

Il s’agit de porter sur l’adoption un nouveau regard, un regard dynamique tourné vers l’avenir, où chacun peut devenir acteur à part entière de sa propre histoire, en pleine conscience de la formidable liberté qui lui est donnée mais également de sa responsabilité.

4. Nous souhaitons, par une approche pluridisciplinaire (philosophique, scientifique, juridique, éthique, artistique …) ouvrir un débat et de mener une réflexion libre, active et positive afin de transformer les représentations courantes, et d’infléchir les discours dominants.

5. Tel un révélateur, l’adoption nous tend également un miroir des grandes questions voire des obsessions qui traversent notre société.

De la question des origines à celle du repli identitaire et du communautarisme, de la place des différentes techniques de PMA aux questionnement sur la place de l’autre et du différent, de la poursuite d’une norme collective au rôle de la génétique, le traitement réservé à l’adoption est loin d’être neutre et mérite d’être questionné pour éclairer de nombreuses autres problématiques.

6. Force est aussi de constater qu’il n’existe pas de réelle volonté politique en matière d’adoption.

Comment peut-on par exemple envisager de fermer une voie dite « individuelle » qui concerne en 2007, 37% des enfants adoptés, alors que le système administratif français est en dysfonctionnement total (AFA en difficulté, OAA manquant de moyens, et surchargées de dossiers …) ? Il nous paraît ainsi essentiel de mener une réflexion sur le parcours de l’adoption qui doit être professionnalisé, offrir de réelles garanties et ne pas être source d’insécurité comme c’est le cas aujourd’hui :
– Pour les enfants dont les droits doivent impérativement être garantis. L’enfant a le droit d’avoir une famille ; autrement dit, il ne doit pas être privé de la possibilité d’être adopté. Il ne doit bien sûr faire l’objet d’aucun trafic ni enlèvement. Or les procédures d’adoption ont atteint un tel degré de complexité que des milliers d’enfants attendent actuellement dans des orphelinats à l’étranger, dans des conditions de détresse et de solitude matérielle, affective et psychologique inacceptables, mais également en France où de nombreux enfants ne sont pas légalement adoptables.
– Pour les parents adoptifs qui doivent être accompagnés par des professionnels ayant une parfaite connaissance du terrain, de la réglementation, obéissant à des règles déontologiques et éthiques et travaillant dans la transparence.

7. Pour nous qui sommes ou serons parents d’enfants adoptés, nous sommes fiers et heureux que leur histoire et la nôtre se soient croisées et qu’ils soient devenus nos enfants par notre volonté et notre engagement à devenir leurs parents.

Car c’est en effet cette volonté et cet engagement qui crée ou « constitue » la parentalité et ce, que la filiation soit ou non biologique.

8. Pour tous nous pensons fondamental de mettre en débat les positions les plus courantes sur les questions liées à la parenté, à la filiation et à la transmission.

Yaël HALBERTHAL